Vous êtes belge et vous envisagez de vous installer en Bulgarie ? Le passage d’un impôt progressif allant jusqu’à 50% en Belgique à une flat tax de 10% en Bulgarie représente l’un des écarts fiscaux les plus importants d’Europe. Mais au-delà du taux, les démarches d’un expatrié belge diffèrent de celles d’un Français sur plusieurs points : radiation du registre national, convention fiscale belgo-bulgare spécifique, couverture santé via la mutualité plutôt que la CPAM. Cet article détaille ce que vous devez savoir — et ce que les guides généralistes oublient — pour préparer votre expatriation en toute conformité.
L’ESSENTIEL
- ✓ La Bulgarie applique une flat tax de 10% sur les revenus vs un IPP belge progressif de 25% à 50%
- ✓ Une convention fiscale belgo-bulgare existe pour éviter la double imposition
- ✓ Avant de partir : radiation du registre national (modèle 8) et inscription au consulat belge à Sofia
- ✓ Les dividendes sont taxés à 5% en Bulgarie contre 30% en Belgique
Belgique vs Bulgarie : le choc fiscal en chiffres
Le système fiscal belge repose sur un impôt des personnes physiques (IPP) progressif. Vos revenus sont découpés en tranches, chacune taxée à un taux croissant : 25% sur la première tranche (jusqu’à 15 820 €), puis 40%, 45% et enfin 50% au-delà de 46 440 €. À cela s’ajoute une taxe communale qui représente entre 4,9% et 8,8% de l’impôt d’État, selon votre commune de résidence. Résultat : un indépendant belge qui dégage 60 000 € de revenus nets peut facilement atteindre un taux effectif de 40 à 45%.
En Bulgarie, c’est un autre monde. La flat tax de 10% s’applique de manière uniforme sur la quasi-totalité des revenus des personnes physiques : salaires, activités indépendantes, investissements. Les dividendes sont soumis à une retenue à la source de 5%. L’impôt sur les sociétés est également de 10%. Il n’existe ni impôt sur la fortune, ni droits de succession pour les héritiers directs.
| Élément fiscal | Belgique | Bulgarie |
|---|---|---|
| Impôt sur le revenu | 25% à 50% (progressif) | 10% (flat tax) |
| Impôt sur les sociétés | 25% | 10% |
| Taxation des dividendes | 30% (précompte mobilier) | 5% (retenue à la source) |
| Impôt sur la fortune | Non (taxe sur comptes-titres) | Non |
| Droits de succession (héritiers directs) | 3% à 30% selon la Région | Exonérés |
Pour illustrer concrètement : un entrepreneur belge qui génère 100 000 € de bénéfices via une société en Bulgarie paiera 10 000 € d’IS, puis 4 500 € de retenue sur les dividendes (5% de 90 000 €). Il lui reste 85 500 €. Le même schéma en Belgique, avec un IS à 25% et un précompte mobilier de 30% sur les dividendes, laisserait environ 52 500 €. L’écart est significatif, mais il faut remplir les conditions de résidence fiscale bulgare pour en bénéficier légitimement.
La convention fiscale belgo-bulgare : comment éviter la double imposition ?
La Belgique a signé une convention préventive de double imposition avec la Bulgarie. Cette convention détermine, pour chaque catégorie de revenu, quel pays a le droit de prélever l’impôt. C’est un point que beaucoup de guides oublient : les mécanismes ne sont pas les mêmes qu’avec la convention franco-bulgare.
Le principe appliqué par la Belgique est l’exonération avec réserve de progressivité. Concrètement, si un revenu est imposable en Bulgarie en vertu de la convention, la Belgique l’exonère d’impôt. Mais — et c’est un piège fréquent — ce revenu est pris en compte pour déterminer le taux d’imposition applicable à vos autres revenus belges. Si vous conservez des revenus en Belgique (loyers d’un bien immobilier, pension belge partielle), le taux appliqué à ces revenus sera calculé comme si vous perceviez aussi vos revenus bulgares.
⚠️ ATTENTION
Même si vos revenus bulgares sont exonérés en Belgique, vous devez les déclarer dans votre déclaration IPP tant que vous êtes résident belge. Le SPF Finances vérifie ces données via les échanges automatiques d’informations entre pays. Une omission peut entraîner des amendes et des accroissements d’impôt.
La solution pour couper net avec la fiscalité belge : transférer entièrement votre résidence fiscale en Bulgarie et ne plus conserver de revenus de source belge. C’est la situation la plus simple et la plus avantageuse. Chaque cas étant différent, vérifiez votre situation avec un professionnel de la fiscalité internationale.
Devenir résident fiscal bulgare : les critères sont les mêmes pour tous
Que vous soyez belge, français ou suisse, les critères de résidence fiscale bulgare sont identiques. L’article 4 de la loi bulgare sur l’impôt sur le revenu des personnes physiques (LIRPP) définit un résident fiscal comme toute personne, quelle que soit sa nationalité, qui remplit au moins un de ces critères :
Présence physique de plus de 183 jours sur le territoire bulgare au cours de l’année civile. Les jours d’entrée et de sortie comptent. Adresse permanente en Bulgarie combinée au fait que le centre des intérêts vitaux se trouve dans le pays — c’est-à-dire que vos liens personnels et économiques principaux (famille, activité professionnelle, comptes bancaires, assurances) y sont établis.
Ce second critère est particulièrement intéressant pour les entrepreneurs et les expatriés qui travaillent à distance. Il permet d’obtenir la résidence fiscale sans obligation stricte de 183 jours, à condition de prouver des liens concrets avec la Bulgarie : bail, société locale, enfants scolarisés, assurance santé locale.

Les démarches spécifiques aux Belges avant le départ
C’est ici que le parcours d’un expatrié belge diverge nettement de celui d’un Français. Plusieurs formalités sont propres au système administratif belge.
La radiation du registre national
C’est la première étape. Si vous quittez la Belgique pour vous installer durablement en Bulgarie, vous devez vous présenter au plus tard la veille de votre départ à l’administration communale de votre lieu de résidence. La commune procède à votre radiation et vous remet un certificat de radiation (modèle 8). Ce document est indispensable pour votre inscription au consulat belge à Sofia. Pensez à restituer votre carte de séjour si vous en avez une.
L’inscription au poste diplomatique
Cette étape est fortement recommandée. L’ambassade de Belgique à Sofia tient un registre des Belges à l’étranger. Cette inscription facilite vos démarches administratives (renouvellement de passeport, aide consulaire) et permet au consulat de vous contacter en cas d’urgence.
💡 ASTUCE EXPAT
Votre carte d’identité belge reste valable jusqu’à sa date d’expiration après la radiation. Mais attention : si vous l’avez déjà déclarée perdue ou volée en Belgique, elle peut rester signalée dans les bases de données internationales et être refusée aux frontières. Vérifiez ce point avant votre départ.
La couverture santé
Cela mérite une attention particulière. Contrairement aux Français qui peuvent adhérer à la CFE (Caisse des Français de l’Étranger), il n’existe pas d’équivalent belge. Avant votre départ, demandez votre Carte Européenne d’Assurance Maladie (CEAM) à votre mutualité. Elle couvre les soins de santé temporaires en Bulgarie. Pour un séjour de longue durée, vous devrez soit vous affilier au système de santé bulgare, soit souscrire une assurance santé privée internationale.
La dernière déclaration IPP en Belgique
Elle couvre les revenus perçus du 1er janvier jusqu’à votre date de départ. Vous déclarez l’ensemble de vos revenus mondiaux pour cette période. Après votre installation en Bulgarie, si vous n’avez plus de revenus de source belge, vous n’avez en principe plus d’obligation déclarative en Belgique.
Créer une société en Bulgarie depuis la Belgique : ce qui change
La forme juridique la plus utilisée par les expatriés est l’EOOD (SARL unipersonnelle bulgare), l’équivalent de l’ancienne SPRLU belge (désormais SRL unipersonnelle). Le capital minimum est de 1 lev (soit environ 0,51 €) — à comparer au capital de départ recommandé en Belgique pour une SRL, généralement bien plus élevé en pratique pour satisfaire à l’obligation de plan financier.
L’impôt sur les sociétés bulgare est de 10%, contre 25% en Belgique (20% sur la première tranche de 100 000 € pour les PME belges éligibles). Les dividendes distribués à un résident fiscal bulgare sont soumis à une retenue à la source de 5%. En Belgique, le précompte mobilier standard sur les dividendes est de 30%, avec un taux réduit à 15% ou 20% sous certaines conditions (VVPR-bis).
La création d’une société en Bulgarie prend en moyenne 2 semaines. Le processus implique l’enregistrement au Registre du commerce bulgare (Агенция по вписванията), l’obtention d’un numéro d’identification fiscale auprès de la NRA (National Revenue Agency) et l’ouverture d’un compte bancaire professionnel. Pour la déclaration fiscale annuelle, les sociétés doivent déposer leur bilan et leur déclaration avant le 30 juin de l’année suivante.
Ce que les guides généralistes ne disent pas aux Belges
La plupart des articles sur l’expatriation en Bulgarie sont écrits pour un public français. Voici les points que les Belges doivent garder en tête.
L’absence d’équivalent CFE. Les Français qui s’expatrient peuvent adhérer à la Caisse des Français de l’Étranger pour maintenir une couverture santé française. Les Belges n’ont pas cette option. La transition vers le système de santé bulgare — ou vers une assurance privée internationale — est donc une étape à anticiper dès le départ.

Le durcissement bancaire depuis 2024. Les banques bulgares sont devenues plus strictes sur l’ouverture de comptes pour les non-résidents sans activité locale prouvée. Si vous arrivez en Bulgarie sans société locale ou sans contrat de travail bulgare, vous risquez de vous heurter à des refus. C’est un problème que nous constatons régulièrement chez nos clients : il vaut mieux préparer la création de votre société avant votre arrivée et demander une introduction bancaire par un intermédiaire local.
L’entrée de la Bulgarie dans la zone euro au 1er janvier 2026 est une donnée récente qui simplifie la vie des expatriés belges. Plus besoin de convertir des euros en leva (BGN) : les paiements et retraits se font désormais directement en euros. C’est un signal de stabilité supplémentaire pour les entrepreneurs et investisseurs qui hésitaient encore.
La convention belgo-bulgare est moins documentée. Contrairement à la convention franco-bulgare, très commentée par l’administration fiscale française (BOFiP), la convention BE-BG fait l’objet de peu de documentation accessible en ligne. Si votre situation est complexe (revenus dans les deux pays, immobilier en Belgique, pension mixte), faites-vous accompagner par un conseiller fiscal qui connaît les deux systèmes.
FAQ — Expatrié belge en Bulgarie
Un Belge a-t-il besoin d’un visa pour s’installer en Bulgarie ?
Non. En tant que citoyen de l’Union européenne, vous pouvez entrer et circuler librement en Bulgarie avec votre carte d’identité ou votre passeport. Au-delà de 90 jours, vous devez demander une carte de séjour UE au bureau de l’immigration (Direction « Migration ») à Sofia.
Dois-je continuer à déclarer mes revenus en Belgique après mon départ ?
Si vous êtes radié du registre national et que vous n’avez plus de revenus de source belge, vous n’avez en principe plus d’obligation déclarative en Belgique. Si vous conservez des revenus belges (revenus immobiliers, pension), vous devrez remplir une déclaration à l’impôt des non-résidents auprès du SPF Finances.
La flat tax bulgare de 10% s’applique-t-elle aussi aux pensions belges ?
En général, les pensions versées par un organisme public belge restent imposables en Belgique en vertu de la convention. Les pensions privées sont imposables dans le pays de résidence — donc en Bulgarie à 10% si vous y êtes résident fiscal. Chaque situation étant spécifique, vérifiez les articles applicables de la convention avec un conseiller fiscal.
Combien de temps faut-il pour obtenir la résidence fiscale bulgare ?
La demande de certificat de résidence fiscale se dépose auprès de la NRA (National Revenue Agency). Le traitement prend généralement 7 à 14 jours. Mais les preuves à rassembler — bail, compte bancaire local, société, assurance santé — prennent plus de temps. Comptez 1 à 2 mois pour que tout soit en ordre.
Peut-on garder sa mutualité belge en vivant en Bulgarie ?
Votre affiliation à la mutualité belge prend fin lorsque vous n’êtes plus résident en Belgique. La CEAM vous couvre temporairement pour les soins de santé, mais elle n’est pas une solution de long terme. En tant que résident bulgare, vous devrez soit cotiser au système de santé local, soit souscrire une assurance santé privée.
La Bulgarie est-elle toujours intéressante depuis l’entrée dans l’euro ?
Oui. Le passage à l’euro au 1er janvier 2026 ne modifie pas la fiscalité. La flat tax de 10%, les dividendes à 5% et l’IS à 10% restent inchangés. L’euro simplifie même la gestion quotidienne et les transactions internationales pour les expatriés belges.
Les informations de cet article sont données à titre indicatif et peuvent évoluer. La fiscalité et les démarches administratives dépendent de votre situation personnelle. Consultez un professionnel avant toute décision.
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